Kyunghee Kim
Regard gastronomique

Cuisine, vin et réflexion — entre la Corée et la France

  • Vins & Gastronomie : M. Chapoutier — Banyuls Rimage 2018

    Un Vin Doux Naturel du Roussillon à table avec le patbingsu coréen

    Corée du Sud · Dessert coréen · Roussillon

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    Introduction

    Certains accords naissent de la rencontre entre deux formes de douceur.

    C’est ce qui m’intéresse avec le Banyuls Rimage 2018 de M. Chapoutier, servi avec le patbingsu (팥빙수), l’un des desserts emblématiques de l’été coréen.

    Le patbingsu réunit la fraîcheur de la glace pilée, la douceur des haricots rouges, les notes grillées du soja en poudre et la texture moelleuse du gâteau de riz.

    Face à lui, le Banyuls apporte une expression différente de la douceur : plus fruitée, plus profonde, avec une certaine chaleur.

    Mais l’accord ne repose pas simplement sur le sucre.

    Il se construit dans la rencontre entre le fruit du vin, la fraîcheur du dessert et la diversité de ses textures.

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    Le vin

    M. Chapoutier — Banyuls Rimage 2018

    Appellation : Banyuls
    Région : Roussillon
    Millésime : 2018
    Cépage : Grenache noir
    Domaine : M. Chapoutier

    Le Banyuls Rimage est un Vin Doux Naturel de l’appellation Banyuls, dans le Roussillon.

    Le terme « Rimage » désigne un style de Banyuls rouge qui cherche à préserver l’expression fruitée du vin, avec un élevage à l’abri de l’air.

    Chez M. Chapoutier, ce Banyuls est élaboré à partir de Grenache noir, cultivé sur les coteaux escarpés de Banyuls.

    Le mutage pendant la fermentation permet de conserver une partie des sucres naturellement présents dans le raisin, tout en préservant la richesse aromatique du fruit.

    Le vin privilégie ainsi une expression directe, généreuse et fruitée, plutôt qu’un profil marqué par l’évolution oxydative.

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    Le cépage

    Grenache noir

    Le Grenache noir donne à ce Banyuls une expression généreuse et immédiatement fruitée.

    Il apporte des notes de fruits noirs mûrs, auxquelles viennent s’ajouter des nuances plus gourmandes de cacao et d’épices.

    Dans ce Rimage, le fruit reste particulièrement présent en bouche.

    C’est cette expression fruitée qui donne au vin sa douceur et sa richesse, tout en lui permettant de conserver une certaine vivacité.

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    Le terroir

    Le vignoble de Banyuls se situe sur la Côte Vermeille, à l’extrémité orientale des Pyrénées, entre les reliefs et la Méditerranée.

    Les vignes sont installées sur des coteaux très escarpés, principalement constitués de schistes, souvent aménagés en terrasses.

    Le relief rend le travail particulièrement exigeant et explique l’importance du travail manuel dans le vignoble.

    La proximité de la Méditerranée, l’exposition au soleil et l’influence de la tramontane participent également au caractère du lieu.

    Banyuls est ainsi un terroir où la maturité du raisin s’inscrit dans un paysage marqué à la fois par la montagne et la mer.

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    La vinification

    Les raisins sont vendangés manuellement à pleine maturité.

    Après égrappage et foulage, ils sont soumis à une macération prolongée.

    Le mutage sur grains intervient pendant la fermentation : l’ajout d’alcool arrête la fermentation et permet de conserver une partie des sucres du raisin tout en favorisant l’extraction de la couleur et des arômes.

    Cette étape donne au vin sa douceur naturelle tout en conservant la richesse aromatique du Grenache.

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    L’élevage

    Le Banyuls Rimage est élevé pendant huit mois en cuves, en milieu réducteur, afin de préserver son expression fruitée.

    Après la mise en bouteille, il poursuit encore son évolution pendant plusieurs mois avant sa commercialisation.

    Ce choix d’élevage cherche avant tout à conserver le caractère direct du fruit.

    Le vin garde ainsi une expression jeune, nette et gourmande, plutôt que de développer un profil fortement marqué par l’oxydation.

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    La dégustation

    La robe

    La robe est grenat profond et lumineuse.

    Elle annonce une certaine concentration, tout en conservant un éclat qui rappelle le caractère fruité du vin.

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    Au nez

    Le nez s’ouvre sur les fruits noirs mûrs, avec une impression de fruits confiturés.

    Des notes de cacao, de caramel et d’épices douces apparaissent ensuite.

    L’ensemble est généreux et gourmand, mais reste porté par une expression fruitée assez fraîche.

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    En bouche

    L’attaque est douce et enveloppante.

    Le fruit occupe immédiatement le centre de la bouche, avec une sensation riche et veloutée.

    Une légère trame tannique apporte de l’assise, tandis que la fraîcheur empêche la douceur de devenir trop pesante.

    La bouche avance ainsi avec une certaine ampleur, mais conserve une expression fruitée très nette.

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    La finale

    La finale est longue et chaleureuse.

    Les fruits noirs restent présents, accompagnés de nuances de cacao.

    La douceur s’étire progressivement avant de laisser une impression plus nette.

    Le vin termine sur une sensation généreuse, mais sans perdre la vivacité de son fruit.

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    Avec le patbingsu

    Avec le patbingsu, le Banyuls rencontre d’abord la douceur des haricots rouges.

    Le fruit noir du vin accompagne cette douceur naturellement, sans chercher à créer un contraste marqué.

    Le soja grillé en poudre apporte ensuite une dimension plus torréfiée.

    Les notes de cacao et de caramel du Banyuls prolongent cette sensation et donnent davantage de continuité à l’ensemble.

    Le gâteau de riz introduit une texture moelleuse et légèrement élastique.

    Le vin répond à cette texture par son côté enveloppant.

    Puis la glace pilée intervient.

    Sa fraîcheur allège la sensation de richesse et permet à la bouche de retrouver de la légèreté.

    L’accord se construit ainsi entre fruit, douceur, fraîcheur et notes grillées.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    La douceur du haricot rouge et celle du vin

    Le haricot rouge apporte une douceur franche au patbingsu.

    Face à un dessert sucré, un vin trop sec pourrait paraître austère.

    Le Banyuls possède une douceur suffisante pour rester au même niveau que le dessert.

    Le vin ne lutte donc pas contre le sucre du plat : il l’accompagne.

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    Les notes grillées et le cacao

    Le soja grillé apporte une dimension aromatique plus chaude et plus torréfiée.

    Les nuances de cacao du Banyuls viennent prolonger cette sensation.

    Il ne s’agit pas d’une similitude exacte, mais d’une continuité entre deux registres aromatiques.

    Le dessert gagne ainsi une autre dimension sans perdre son caractère simple.

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    La glace et la fraîcheur

    La glace pilée joue un rôle essentiel dans l’équilibre de l’accord.

    Elle apporte immédiatement une sensation de fraîcheur qui contraste avec la richesse du vin.

    Le Banyuls donne du fruit et de l’ampleur.

    La glace apporte de la légèreté.

    Cette alternance empêche la douceur de devenir trop présente au fil des bouchées.

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    Le gâteau de riz et la texture du vin

    Le gâteau de riz ajoute une texture souple et légèrement élastique.

    Le Banyuls possède lui aussi une texture enveloppante, mais sa fraîcheur et sa légère trame tannique lui donnent davantage de relief.

    Les deux textures se répondent ainsi sans créer de lourdeur.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Le patbingsu montre que la cuisine coréenne ne se limite pas aux plats salés.

    Derrière un dessert qui peut sembler simple se rencontrent plusieurs éléments familiers de la cuisine coréenne : le haricot rouge, le soja grillé et le gâteau de riz.

    Mais le patbingsu est aussi profondément lié à la saison.

    En été, la fraîcheur de la glace n’est pas seulement une sensation : elle fait partie intégrante du plaisir du dessert.

    Avec le Banyuls, le patbingsu devient alors un dialogue entre une douceur fruitée et chaleureuse et une fraîcheur froide et légère.

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    Mon regard

    Ce que j’aime dans cet accord, c’est qu’il ne cherche pas à transformer le patbingsu en un dessert plus sophistiqué qu’il ne l’est.

    Le Banyuls lui apporte simplement une autre dimension.

    Le fruit noir accompagne le haricot rouge, les notes de cacao prolongent le caractère grillé du soja, tandis que la glace maintient l’ensemble dans la fraîcheur.

    Pour moi, un accord ne doit pas nécessairement reposer sur un contraste spectaculaire.

    Il peut aussi naître de la rencontre entre deux formes de douceur, deux textures et deux sensations de température.

    C’est peut-être là que réside l’intérêt de cet accord.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Patbingsu (팥빙수)

  • Vins & Gastronomie : Domaine Long-Depaquit — Chablis Grand Cru « Les Clos » 2022

    Un Grand Cru de Chablis à table avec le hapjaguk bibimbap

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Bourgogne

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    Introduction

    Certains accords ne reposent pas sur la puissance.

    Ils naissent plutôt d’une rencontre entre la fraîcheur, la précision et la délicatesse d’un plat.

    C’est ce qui m’intéresse avec le Chablis Grand Cru « Les Clos » 2022 du Domaine Long-Depaquit, servi avec le hapjaguk bibimbap (합자국비빔밥) de Tongyeong.

    Dans ce plat, la chair de palourdes apporte une expression marine délicate, tandis que le riz, les légumes et les algues construisent une texture plus douce et plus ample.

    Le Chablis possède une fraîcheur suffisamment nette pour accompagner cette dimension iodée, mais aussi une matière suffisamment généreuse pour ne pas disparaître face au riz.

    L’accord se construit ainsi autour de trois éléments : la fraîcheur, la minéralité et la délicatesse des produits de la mer.

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    Le vin

    Domaine Long-Depaquit — Chablis Grand Cru « Les Clos » 2022

    Appellation : Chablis Grand Cru
    Région : Bourgogne
    Millésime : 2022
    Cépage : Chardonnay
    Domaine : Domaine Long-Depaquit, Albert Bichot

    Le Domaine Long-Depaquit possède des parcelles dans plusieurs Grands Crus de Chablis, dont « Les Clos ».

    « Les Clos » est le plus vaste des Grands Crus de Chablis.

    Le domaine possède ici deux parcelles aux caractères complémentaires.

    La première, située en haut du coteau sur un sol assez caillouteux dominé par le calcaire, donne des vins droits, frais et tendus.

    La seconde, située à mi-coteau sur un sol plus profond, bénéficie de températures légèrement plus élevées et apporte davantage d’ampleur, de richesse et de rondeur.

    C’est l’assemblage de ces deux expressions qui donne au vin sa complexité et son caractère.

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    Le cépage

    Chardonnay

    Le Chardonnay est l’unique cépage de Chablis.

    À Chablis, il peut exprimer une grande précision tout en conservant une fraîcheur naturelle.

    Dans les Grands Crus, cette expression gagne en ampleur et en complexité.

    Le Chardonnay peut ainsi associer des fruits à chair blanche, des notes florales et des nuances minérales à une acidité qui donne au vin sa ligne.

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    Le terroir

    Le Grand Cru « Les Clos » repose sur des sols argilo-calcaires du Kimméridgien, avec des marnes très dures parfois colorées d’ocre.

    Le coteau bénéficie d’une exposition sud-ouest.

    Les deux parcelles du domaine permettent de réunir deux expressions différentes du terroir.

    La partie haute apporte davantage de droiture, de fraîcheur et de tension.

    La partie à mi-coteau apporte davantage de volume et de richesse.

    Le vin trouve ainsi son équilibre entre ces deux dimensions.

    Cette dualité devient particulièrement intéressante à table : la fraîcheur accompagne les saveurs marines, tandis que l’ampleur répond à la texture du riz et des autres ingrédients.

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    La vinification

    Les vendanges sont réalisées manuellement, avec un tri des raisins et un pressurage lent et modéré afin de préserver le fruit.

    La fermentation se déroule pour 65 % en cuves inox et 35 % en fûts de chêne âgés de un à cinq ans.

    Cette combinaison permet de préserver la précision du fruit tout en donnant davantage de relief au vin.

    L’objectif n’est pas de marquer le Chardonnay par le bois, mais de construire une expression plus complète du terroir.

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    L’élevage

    Le vin est élevé pendant 10 mois sur lies fines, avec 65 % en cuves inox et 35 % en fûts de chêne âgés de un à cinq ans.

    L’élevage se poursuit ensuite pendant six mois en cuves inox.

    Cette double étape permet de conserver la fraîcheur et la netteté du vin tout en développant une texture plus ample.

    Le temps passé sur lies contribue également à donner davantage de relief à la bouche, sans effacer la tension caractéristique du Chablis.

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    La dégustation

    La robe

    La robe est jaune pâle et lumineuse.

    Elle présente un éclat net qui évoque immédiatement la fraîcheur.

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    Au nez

    Le nez s’ouvre avec délicatesse.

    Les notes florales apparaissent d’abord, puis viennent des nuances d’amande grillée et de noisette.

    Ces notes plus gourmandes donnent progressivement davantage de profondeur à l’ensemble.

    Derrière elles, une sensation minérale et fraîche maintient le nez dans la précision.

    L’ensemble reste élégant sans chercher l’exubérance.

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    En bouche

    L’attaque est ample et précise.

    La matière est généreuse, mais rapidement soutenue par une acidité fine qui donne au vin sa ligne.

    La bouche possède du volume sans devenir lourde.

    Au fil de la dégustation, la fraîcheur reprend progressivement sa place et donne à l’ensemble une sensation d’équilibre.

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    La finale

    La finale s’étire longuement.

    La fraîcheur reste présente, accompagnée d’une sensation saline et minérale.

    Le vin laisse une impression nette et persistante, avec cette rencontre entre ampleur et tension qui caractérise particulièrement bien « Les Clos ».

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    Avec le hapjaguk bibimbap

    Avec le hapjaguk bibimbap, le Chablis rencontre d’abord la dimension marine du plat.

    La chair de palourdes apporte une saveur iodée délicate et une texture fondante.

    Le vin ne cherche pas à la couvrir.

    Sa fraîcheur l’accompagne et lui donne davantage de netteté.

    Puis le riz entre en jeu.

    Sa texture plus douce donne davantage de volume au plat.

    Le Chablis répond à cette sensation par son ampleur, tout en conservant suffisamment de tension pour maintenir l’ensemble léger.

    Les légumes et les algues prolongent ensuite les sensations de fraîcheur et les notes marines.

    Le vin conserve suffisamment de tension pour accompagner ces différentes textures sans perdre sa précision.

    L’accord évolue ainsi au fil de la bouchée, entre mer, douceur et fraîcheur.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    La saveur marine et la fraîcheur

    La chair de palourdes possède une expression marine fine et délicate.

    La fraîcheur du Chablis accompagne cette dimension iodée sans la masquer.

    Au contraire, elle accentue la sensation de netteté laissée par le produit de la mer.

    L’accord fonctionne donc moins par opposition que par continuité.

    La minéralité et le caractère marin

    La sensation minérale du Chablis entre naturellement en résonance avec le caractère maritime du plat.

    Il ne s’agit pas de dire que le vin possède le goût de la mer.

    La relation se situe plutôt dans la sensation : une fraîcheur nette, légèrement saline, qui prolonge la perception des coquillages.

    C’est cette continuité qui donne à l’accord sa précision.

    Le riz et l’ampleur du vin

    Le riz donne au hapjaguk bibimbap une texture plus douce et plus enveloppante.

    Un vin trop strict pourrait sembler trop éloigné du plat.

    Ici, l’ampleur du Grand Cru apporte suffisamment de volume pour accompagner le riz.

    Mais l’acidité maintient une ligne claire et empêche l’ensemble de devenir trop lourd.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Le hapjaguk bibimbap rappelle que la cuisine coréenne régionale peut aussi s’exprimer dans la retenue.

    Ici, le produit de la mer n’a pas besoin d’être fortement assaisonné pour être reconnaissable.

    La palourde, le riz, les algues et les légumes construisent progressivement le plat.

    Le vin permet de suivre cette progression.

    Il accompagne d’abord la mer, puis le riz, puis les différentes textures apportées par les légumes et les algues.

    L’accord devient ainsi une autre manière de comprendre la cuisine de Tongyeong : une cuisine où le produit et son environnement maritime restent au centre.

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    Mon regard

    Ce que j’aime dans cet accord, c’est sa retenue.

    Le Chablis n’essaie pas de rendre le plat plus spectaculaire.

    Il lui apporte simplement davantage de relief.

    La palourde paraît plus nette, le riz plus délicat, et la fraîcheur revient naturellement après chaque bouchée.

    Pour moi, un bel accord ne consiste pas toujours à créer un contraste.

    Parfois, il suffit de trouver deux expressions qui avancent dans la même direction.

    Ici, le vin et le plat se rencontrent autour d’une même idée : la fraîcheur, la précision et le respect du produit.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Hapjaguk Bibimbap (합자국비빔밥)

  • Vins & Gastronomie : Château Smith Haut Lafitte 2021, Pessac-Léognan

    Un grand vin de Bordeaux à table avec le Hanwoo Saengdeungsim

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Bordeaux

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    Introduction

    Certains accords commencent par une évidence.

    Un morceau de bœuf grillé appelle naturellement un vin rouge.

    Mais entre une viande et un vin, la véritable rencontre se joue ailleurs : dans la texture, la cuisson, le persillage et les saveurs laissées par le feu.

    C’est ce qui m’intéresse avec le Château Smith Haut Lafitte 2021, Grand Cru Classé de Graves, servi avec le Hanwoo Saengdeungsim (한우 생등심), un faux-filet de bœuf coréen grillé au charbon.

    Le vin possède suffisamment de présence pour accompagner la richesse naturelle de la viande, mais aussi suffisamment de fraîcheur pour ne pas alourdir l’ensemble.

    Le charbon apporte, de son côté, une dimension grillée et légèrement fumée qui trouve un écho naturel dans le registre aromatique du vin.

    L’accord se construit ainsi moins autour de la puissance que d’une rencontre entre matière, fraîcheur et feu.

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    Le vin

    Château Smith Haut Lafitte 2021

    Appellation : Pessac-Léognan
    Classement : Grand Cru Classé de Graves
    Région : Bordeaux
    Millésime : 2021
    Assemblage : Cabernet Sauvignon, Merlot, Cabernet Franc, Petit Verdot

    Le Château Smith Haut Lafitte est situé à Martillac, au cœur de l’appellation Pessac-Léognan.

    Le domaine possède un vignoble d’un seul tenant installé sur un plateau de graves günziennes.

    Le rouge 2021 est élaboré à partir d’un assemblage dominé par le Cabernet Sauvignon, complété par le Merlot, le Cabernet Franc et le Petit Verdot.

    Le vin recherche l’équilibre entre profondeur, fraîcheur et finesse plutôt qu’une démonstration de puissance.

    À table, cette approche lui permet de conserver sa présence tout en laissant une place importante à la viande.

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    Les cépages

    Cabernet Sauvignon, Merlot, Cabernet Franc, Petit Verdot

    Le Cabernet Sauvignon apporte la colonne vertébrale de l’assemblage : une structure tannique, une fraîcheur naturelle et une capacité à accompagner les viandes.

    Le Merlot apporte davantage de rondeur et de chair.

    Le Cabernet Franc ajoute de la finesse aromatique, tandis que le Petit Verdot, présent en petite proportion, contribue à la profondeur de l’ensemble.

    L’intérêt de cet assemblage réside précisément dans cette complémentarité.

    Aucun cépage ne cherche à dominer les autres.

    Ils construisent ensemble un vin capable d’évoluer entre tension, volume et élégance.

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    Le terroir

    Pessac-Léognan

    Le vignoble du Château Smith Haut Lafitte est implanté sur un plateau de graves günziennes.

    Ces graves, déposées au cours des périodes glaciaires, constituent l’un des éléments caractéristiques des terroirs de Graves.

    Dans le vin, cette origine se ressent moins comme un arôme précis que comme une certaine sensation de fraîcheur et de tenue.

    Elle participe à cette impression de continuité qui permet au vin de rester précis malgré sa richesse.

    Face à une viande grillée au charbon, cette fraîcheur joue un rôle essentiel.

    Elle évite que l’accord ne devienne simplement riche et puissant.

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    La vinification

    Pour le millésime 2021, les raisins sont vinifiés en grappes entières dans de petites cuves en bois.

    L’extraction est volontairement douce, principalement par pigeage manuel.

    La fermentation se déroule autour de 28 °C.

    Cette approche permet d’extraire progressivement la couleur et les tanins sans chercher une concentration excessive.

    Le vin conserve ainsi une sensation de mouvement et d’énergie.

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    L’élevage

    Le vin est élevé pendant 18 mois en barriques, dont environ 60 % de bois neuf.

    L’élevage se poursuit sur lies et le vin n’est soutiré qu’une seule fois avant de poursuivre son évolution selon son profil.

    Le bois ne constitue pas ici une fin en soi.

    Il accompagne la construction du vin et contribue à développer une texture plus ample et des nuances plus complexes.

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    La dégustation

    La robe

    La robe est profonde et sombre, avec une belle intensité.

    Elle annonce un vin qui possède de la matière, mais son éclat laisse déjà deviner une certaine fraîcheur.

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    Au nez

    Le nez s’ouvre sur les fruits rouges frais : framboise, fraise, puis sur des fruits noirs comme la mûre et le cassis.

    Peu à peu apparaissent des notes d’épices douces, de réglisse et de feuille de tabac.

    Derrière le fruit, une nuance plus sombre et légèrement fumée se dessine.

    L’ensemble reste vivant et précis.

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    En bouche

    L’attaque est fraîche et énergique.

    La matière arrive ensuite avec davantage d’ampleur, portée par une texture souple.

    Les tanins sont présents mais fins.

    Le fruit reste au centre, tandis que les épices et les nuances plus sombres apparaissent progressivement.

    L’ensemble possède de la concentration sans devenir lourd.

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    La finale

    La finale s’étire sur les fruits noirs, les épices et une légère sensation de minéralité fumée.

    La fraîcheur reste perceptible jusqu’au bout.

    Le vin conserve ainsi une belle longueur sans donner une impression de lourdeur.

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    Avec le Hanwoo Saengdeungsim

    Avec le Hanwoo Saengdeungsim, le faux-filet de bœuf coréen grillé au charbon, le vin rencontre d’abord la matière.

    Cette pièce possède une texture tendre et une richesse naturelle qui s’accentuent avec la cuisson.

    Le Cabernet Sauvignon apporte alors une structure capable de tenir face à cette richesse, tandis que la fraîcheur du vin maintient l’ensemble en mouvement.

    Puis vient le charbon.

    Les notes grillées de la viande font écho aux nuances épicées et légèrement fumées du vin.

    L’accord devient alors plus profond.

    Le vin ne cherche pas à masquer la viande.

    Il accompagne les différentes étapes de sa dégustation, de la première bouchée jusqu’aux saveurs plus marquées apportées par le feu.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    La richesse de la viande et la structure du vin

    Le Hanwoo possède une richesse naturelle liée à son persillage.

    Un vin trop léger pourrait disparaître face à cette texture.

    Ici, la structure du Cabernet Sauvignon permet au vin de rester présent.

    Mais cette structure est accompagnée d’une fraîcheur suffisante pour éviter une sensation trop lourde.

    L’accord repose donc sur un équilibre entre richesse et tenue.

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    Le persillage et la fraîcheur

    Le persillage du Hanwoo apporte une texture riche et une sensation de rondeur en bouche.

    La fraîcheur du vin intervient alors comme un mouvement inverse.

    Elle ne cherche pas à effacer cette richesse, mais permet au palais de retrouver de la netteté avant la bouchée suivante.

    C’est cette alternance entre rondeur et fraîcheur qui donne à l’accord son équilibre.

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    Le charbon et les notes fumées

    La cuisson au charbon ajoute à la viande une dimension grillée et légèrement fumée.

    Cette dimension trouve un écho dans les nuances de tabac, d’épices et de minéralité fumée présentes dans le vin.

    Il ne s’agit pas d’une correspondance aromatique exacte.

    C’est plutôt une continuité entre le feu de la cuisson et certaines nuances du vin.

    Le charbon devient ainsi un véritable élément de l’accord.

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    La viande et les accompagnements

    Le Hanwoo n’est pas dégusté seul.

    Le geotjeori, les banchan et l’oi-naengguk font évoluer les sensations au fil du repas.

    Le vin doit donc pouvoir accompagner non seulement la viande, mais aussi ces changements.

    Sa fraîcheur lui permet de rester à sa place lorsque les accompagnements apportent davantage d’acidité ou de fraîcheur.

    L’accord ne se limite ainsi pas à viande + vin.

    Il accompagne une table entière.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Le Hanwoo grillé au charbon montre que, dans la cuisine coréenne, la cuisson peut devenir une partie intégrante de l’expérience gastronomique.

    La viande n’arrive pas simplement prête à être mangée.

    Elle évolue sous l’effet du feu, puis change encore selon la manière dont elle est associée aux accompagnements.

    Le vin entre dans ce mouvement.

    Il accompagne une viande dont les sensations se transforment progressivement.

    Le charbon, le persillage, la fraîcheur des accompagnements et la température créent ainsi plusieurs moments différents autour d’un même morceau.

    L’accord devient alors une manière de suivre l’évolution du repas, plutôt que de rechercher une seule combinaison parfaite.

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    Mon regard

    Ce que j’aime dans cet accord, c’est qu’il ne repose pas uniquement sur la puissance.

    Le Hanwoo possède déjà beaucoup de présence.

    Le rôle du vin est donc de lui donner un autre relief.

    Le Bordeaux apporte de la structure, mais aussi de la fraîcheur.

    Le charbon apporte le feu.

    Les accompagnements introduisent d’autres sensations.

    Et entre tous ces éléments, le vin crée une continuité.

    Pour moi, un bel accord n’est pas celui où le vin et le plat cherchent à prendre la première place.

    C’est celui où chacun permet à l’autre de révéler une dimension que l’on n’aurait peut-être pas remarquée seul.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Hanwoo Saengdeungsim (한우 생등심)

  • Vins & Gastronomie : Pierre Frick — Riesling Grand Cru Steinert 2019

    Un Riesling d’Alsace à table avec le sundaeguk coréen

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Alsace

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    Introduction

    Un accord peut parfois naître d’un simple contraste.

    C’est ce qui m’intéresse avec le Riesling Grand Cru Steinert 2019 de Pierre Frick et le sundaeguk (순댓국).

    Le vin possède une ligne fraîche et précise, tandis que le plat s’exprime dans la chaleur et la générosité d’un bouillon.

    À première vue, leurs univers semblent éloignés.

    Pourtant, lorsque le vin entre en contact avec le bouillon chaud, quelque chose change.

    La richesse reste présente, mais elle paraît plus ouverte. La bouche retrouve de l’espace, puis revient naturellement vers le plat.

    Ici, le vin ne cherche pas à équilibrer le sundaeguk par opposition.

    Il accompagne son mouvement.

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    Le vin

    Pierre Frick — Riesling Grand Cru Steinert 2019

    Appellation : Alsace Grand Cru Steinert
    Région : Alsace
    Millésime : 2019
    Cépage : Riesling

    Installé à Pfaffenheim, en Alsace, le Domaine Pierre Frick travaille ses vignes en agriculture biologique depuis 1970 et en biodynamie depuis 1981.

    Le domaine privilégie une approche peu interventionniste, afin de laisser le raisin et le terroir trouver leur propre expression.

    Le Steinert 2019 montre ainsi un Riesling à la fois énergique et ample.

    Il ne cherche pas l’éclat immédiat.

    Son expression se construit progressivement, avec une présence qui devient particulièrement intéressante à table.

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    Le cépage

    Riesling

    Le Riesling possède une capacité particulière à conserver sa fraîcheur tout en développant une expression aromatique complexe.

    Il peut exprimer les agrumes, les fruits blancs, les fleurs et des nuances minérales, tout en conservant une acidité qui donne au vin sa ligne.

    Sa fraîcheur naturelle lui permet d’accompagner des plats riches sans perdre sa précision.

    Cette tension entre vivacité et complexité fait partie des grandes qualités du cépage.

    ——

    Le terroir

    Grand Cru Steinert

    Le Grand Cru Steinert se trouve à Pfaffenheim, dans le Haut-Rhin.

    Le vignoble est installé sur un coteau particulièrement pentu, avec une exposition orientée vers l’est.

    Le calcaire occupe une place importante dans les sols du Steinert.

    Dans le verre, cette origine se traduit moins par un arôme identifiable que par une sensation de netteté et de continuité.

    Le vin garde une direction précise du début à la fin.

    Cette qualité devient essentielle lorsqu’il accompagne un plat servi chaud.

    ——

    La vinification

    Chez Pierre Frick, la fermentation repose sur les levures indigènes.

    L’intervention en cave reste volontairement limitée afin de préserver l’expression du raisin et du lieu.

    Le vin conserve ainsi une sensation de mouvement et d’énergie.

    La vinification ne cherche pas à donner au Riesling une personnalité artificielle.

    Elle lui permet plutôt de développer progressivement la sienne.

    ——

    L’élevage

    L’élevage sur lies fines apporte davantage de volume à la bouche.

    La texture gagne en ampleur, tandis que la fraîcheur reste intacte.

    Cette étape est importante pour comprendre le comportement du vin à table.

    Un Riesling uniquement marqué par la vivacité pourrait sembler trop léger face à un bouillon riche.

    Ici, la matière donne au vin suffisamment de présence pour accompagner le plat sans perdre son équilibre.

    ——

    La dégustation

    La robe

    La robe est d’un jaune doré lumineux.

    Elle laisse deviner l’évolution du vin et une certaine maturité, sans perdre son éclat.

    ——

    Au nez

    Le nez s’ouvre sur les agrumes.

    Puis apparaissent des notes plus chaudes : fruits mûrs, noisette légèrement grillée et une nuance épicée.

    L’ensemble reste précis grâce à une impression minérale qui accompagne discrètement le bouquet.

    Le vin se dévoile progressivement plutôt que de tout montrer dès le premier instant.

    ——

    En bouche

    L’attaque est vive et nette.

    L’acidité traverse le palais avec énergie, puis la texture devient plus ample.

    Une légère sensation saline prolonge le mouvement.

    Le vin ne donne pas une impression de dureté.

    Au contraire, son énergie semble portée par une matière suffisamment généreuse pour lui donner du relief.

    ——

    La finale

    La finale s’allonge sur les agrumes et une sensation légèrement saline.

    La fraîcheur reste présente jusque dans les dernières secondes.

    Puis une impression minérale demeure en bouche.

    Le vin ne disparaît pas brusquement.

    Il laisse une trace discrète qui invite à revenir au verre.

    ——

    Avec le sundaeguk

    Avec le sundaeguk, le premier contact se fait par la température.

    Le bouillon arrive chaud, enveloppe le palais et installe immédiatement une sensation de confort.

    Le Riesling introduit alors un autre rythme.

    Sa fraîcheur intervient après la chaleur du bouillon et permet au palais de retrouver de la netteté.

    Puis sa texture rejoint celle du plat.

    L’accord devient ainsi moins une opposition qu’une succession de sensations :

    chaleur, fraîcheur, richesse, puis à nouveau fraîcheur.

    C’est ce mouvement qui rend l’ensemble particulièrement vivant.

    ——

    Pourquoi cet accord fonctionne

    Le bouillon et la température

    La chaleur modifie notre perception des saveurs.

    Avec un plat servi très chaud, le vin doit pouvoir apporter une sensation de renouvellement.

    Le Riesling joue ici ce rôle sans interrompre la continuité du repas.

    Après une cuillerée de bouillon, une gorgée suffit à modifier la sensation en bouche.

    Puis le palais est prêt pour la suivante.

    ——

    La texture et la persistance

    Le sundaeguk laisse une sensation relativement longue en bouche.

    Le Riesling ne cherche pas à la raccourcir.

    Sa persistance répond à celle du plat et crée une continuité entre les deux.

    L’intérêt vient donc moins d’un contraste brutal que de la capacité du vin à rester présent sans alourdir l’ensemble.

    ——

    La dimension saline

    Le sel et les assaisonnements du plat trouvent un écho dans la sensation saline du vin.

    Cette correspondance ne rend pas l’accord plus salé.

    Elle donne plutôt davantage de relief aux saveurs.

    Le palais devient plus précis, et certains détails du plat apparaissent avec davantage de netteté.

    ——

    Le retour vers le plat

    Un bon accord ne doit pas nécessairement donner envie de boire davantage de vin.

    Il peut aussi donner envie de reprendre une bouchée.

    C’est ce qui se produit ici.

    Le Riesling rafraîchit le palais sans effacer ce qui vient d’être goûté.

    La bouchée suivante paraît alors légèrement différente.

    Et le dialogue recommence.

    ——

    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Le sundaeguk permet de comprendre quelque chose d’important dans la cuisine coréenne : la sensation en bouche ne vient pas seulement des ingrédients.

    La température, le bouillon, l’assaisonnement et la manière de manger ensemble participent également à l’expérience.

    Avec le Riesling, cette dimension devient particulièrement perceptible.

    Le vin ne révèle pas un nouvel ingrédient.

    Il révèle plutôt le rythme du plat.

    Une bouchée chaude, une gorgée fraîche, puis le retour au bouillon.

    Le repas devient une succession de sensations qui se répondent.

    ——

    Mon regard

    J’aime cet accord parce qu’il ne cherche pas à être spectaculaire.

    Le Riesling ne transforme pas le sundaeguk.

    Il ne cherche pas non plus à se faire remarquer à chaque instant.

    Il intervient au bon moment.

    Il apporte de la netteté après la chaleur, accompagne la longueur du bouillon et laisse finalement la place au plat.

    C’est peut-être cela qui définit pour moi un accord réussi :

    le vin ne doit pas toujours parler plus fort que la cuisine. Il doit savoir quand parler, et quand laisser la cuisine parler.

    ——

    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Sundaeguk (순댓국)

  • Vins & Gastronomie : Domaine Fouassier — Sancerre « Clos Paradis » 2022

    Un Sauvignon Blanc de Sancerre avec l’ojingeo sundae coréen

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Vallée de la Loire

    ——

    Introduction

    Certains accords reposent sur une évidence.

    Avec l’ojingeo sundae (오징어순대), c’est davantage une question d’équilibre.

    Le Sancerre « Clos Paradis » 2022 du Domaine Fouassier, issu de Sauvignon Blanc, possède une fraîcheur précise, une texture ample et une expression minérale qui peuvent sembler très éloignées d’un plat coréen à base de calamar farci.

    Pourtant, le calamar, la farce et les assaisonnements créent un ensemble où la fraîcheur du vin trouve naturellement sa place.

    Le vin ne cherche pas à dominer le plat.

    Il l’accompagne avec discrétion, en faisant ressortir tour à tour sa douceur, sa texture et ses saveurs marines.

    ——

    Le vin

    Domaine Fouassier — Sancerre « Clos Paradis » 2022

    Appellation : Sancerre
    Région : Vallée de la Loire
    Millésime : 2022
    Cépage : Sauvignon Blanc

    Le Domaine Fouassier fait partie des familles vigneronnes historiques de Sancerre.

    Le Clos Paradis est une parcelle de 5,1 hectares située sur des coteaux exposés au sud. Les vignes, âgées de 35 à 55 ans, sont cultivées selon les principes de l’agriculture biologique et de la biodynamie.

    Le vin exprime ici une interprétation du Sauvignon Blanc qui ne repose pas uniquement sur la vivacité aromatique.

    La matière, la sensation calcaire et la fraîcheur avancent ensemble, donnant au vin une présence plus ample et plus nuancée.

    ——

    Le cépage

    Sauvignon Blanc

    Le Sauvignon Blanc est souvent associé à une fraîcheur immédiate et à des arômes d’agrumes.

    Mais lorsqu’il est porté par un terroir comme celui du Clos Paradis, son expression peut aller bien au-delà du fruit.

    La poire, les fleurs blanches, l’acacia et le pamplemousse apparaissent progressivement, tandis qu’une sensation de pierre humide apporte une dimension plus sobre.

    À l’aération, les agrumes et les notes minérales prennent davantage de place.

    Le cépage conserve ainsi son énergie, mais gagne en profondeur et en texture.

    ——

    Le terroir

    Clos Paradis

    Le Clos Paradis repose sur des sols calcaires de Buzançais et des calcaires lités supérieurs du Kimméridgien inférieur, sur un coteau exposé au sud.

    Cette présence du calcaire se ressent dans la manière dont le vin se construit.

    La matière est présente, mais elle reste tendue par une sensation de fraîcheur et de pierre.

    Ce n’est pas une minéralité qui cherche à s’imposer.

    Elle apparaît plutôt en arrière-plan, donnant au vin une ligne et une longueur particulières.

    ——

    La vinification

    Les raisins sont pressés pneumatiquement sans pompage.

    La fermentation se déroule spontanément grâce aux levures indigènes, puis le vin est élevé pendant un an sur lies en cuves inox.

    Cette approche permet de préserver la précision du fruit et la fraîcheur du vin tout en lui donnant davantage de texture.

    Le choix de la cuve inox laisse ainsi le terroir et le cépage s’exprimer sans ajouter de notes boisées.

    ——

    L’élevage

    L’élevage sur lies pendant environ douze mois apporte au vin une sensation plus enveloppante.

    La fraîcheur reste présente, mais elle n’est plus seule.

    Elle s’appuie sur une texture plus douce et plus ample, qui donne au Clos Paradis une certaine profondeur sans alourdir l’ensemble.

    C’est cette combinaison entre tension et rondeur qui devient particulièrement intéressante à table.

    ——

    La dégustation

    La robe

    La robe est d’un jaune clair et lumineux.

    Elle évoque immédiatement la fraîcheur, mais le vin possède derrière cette apparente légèreté une matière plus généreuse.

    ——

    Au nez

    Le premier nez s’ouvre avec douceur sur la poire.

    Puis apparaissent les fleurs blanches et l’acacia, accompagnés d’une discrète sensation de miel.

    Une note de pamplemousse apporte davantage d’éclat.

    À mesure que le vin s’ouvre, la pierre humide et les agrumes prennent progressivement le dessus.

    Le nez évolue ainsi d’une expression fruitée et florale vers quelque chose de plus minéral et plus précis.

    ——

    En bouche

    L’attaque est ample et ronde.

    Le vin entre en bouche avec une texture douce, presque aérienne.

    Puis l’acidité apparaît progressivement et redessine l’ensemble.

    Elle ne coupe pas la matière.

    Elle la prolonge.

    Une légère sensation saline accompagne le vin et lui donne davantage de relief.

    C’est cette tension entre rondeur et fraîcheur qui rend le Clos Paradis particulièrement agréable à table.

    ——

    La finale

    La finale s’étire avec précision.

    Les agrumes reviennent, accompagnés d’une légère amertume évoquant le zeste.

    Puis la sensation calcaire apparaît à nouveau, plus discrète, comme une trace laissée sur le palais.

    La fin de bouche reste nette et élégante.

    Elle donne envie de reprendre une bouchée plutôt que de simplement attendre la prochaine gorgée.

    ——

    Avec l’ojingeo sundae

    L’ojingeo sundae associe deux éléments très différents : la texture tendre et légèrement élastique du calamar, et une farce plus moelleuse et généreuse.

    Le tofu, le porc, les vermicelles et les légumes donnent à l’intérieur une richesse qui contraste avec la fraîcheur du produit marin.

    C’est précisément cette dualité qui rend l’accord intéressant.

    Le Sancerre ne cherche pas à effacer la richesse de la farce.

    Sa fraîcheur vient plutôt l’alléger, tandis que sa texture accompagne le moelleux de l’ensemble.

    Le calamar, de son côté, retrouve dans le vin une sensation de fraîcheur et de salinité qui prolonge son caractère marin.

    ——

    Pourquoi cet accord fonctionne

    La fraîcheur face au calamar

    Le calamar possède une saveur délicate qui peut facilement être masquée par un vin trop puissant.

    Le Clos Paradis choisit une autre voie.

    Son acidité apporte de l’éclat sans couvrir la finesse du produit.

    Elle nettoie le palais et permet de retrouver immédiatement la texture du calamar à la bouchée suivante.

    ——

    La rondeur du vin et la farce

    L’ojingeo sundae n’est pas seulement un produit de la mer.

    Sa farce apporte du moelleux, de la densité et une certaine richesse.

    Face à cela, un Sauvignon Blanc trop tranchant pourrait créer un contraste excessif.

    Le Clos Paradis possède au contraire une bouche suffisamment ample pour accompagner cette farce.

    La fraîcheur reste présente, mais elle s’inscrit dans une matière plus ronde.

    ——

    Les agrumes et les assaisonnements

    Les notes d’agrumes du vin créent un lien naturel avec les assaisonnements qui accompagnent traditionnellement l’ojingeo sundae.

    Elles apportent une sensation de netteté et donnent davantage de relief aux saveurs du plat.

    L’accord ne repose donc pas uniquement sur l’acidité.

    Il se construit aussi sur une correspondance aromatique.

    ——

    La minéralité et la dimension marine

    C’est peut-être ici que l’accord devient le plus intéressant.

    La sensation de pierre et de fraîcheur du Sancerre accompagne naturellement la dimension marine du calamar.

    Le vin ne renforce pas le goût iodé.

    Il lui donne plutôt un cadre.

    La mer reste au centre du plat, tandis que le vin lui apporte de la précision.

    ——

    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    L’ojingeo sundae montre combien la cuisine coréenne peut transformer un produit local en une préparation complexe.

    Le calamar reste reconnaissable, mais il devient aussi l’enveloppe d’une farce composée de plusieurs textures et de plusieurs saveurs.

    Avec le Sancerre, cette construction apparaît différemment.

    On remarque davantage la douceur du calamar, le moelleux de la farce, la fraîcheur des assaisonnements et la persistance des saveurs marines.

    Le vin ne change pas l’identité du plat.

    Il permet simplement d’en isoler certains détails.

    C’est aussi cela qui m’intéresse dans les accords entre vins français et cuisine coréenne :

    le vin peut devenir une autre manière de lire un plat.

    ——

    Mon regard

    J’aime cet accord pour sa discrétion.

    Il ne cherche pas à créer un contraste spectaculaire.

    Tout se joue dans la précision.

    La fraîcheur du Sancerre accompagne le calamar.

    Sa rondeur répond à la farce.

    Les agrumes apportent de l’éclat.

    Et la sensation minérale prolonge la dimension marine du plat.

    L’ojingeo sundae reste profondément coréen.

    Le vin ne cherche pas à le transformer.

    Il révèle simplement, avec une autre langue, ce qui était déjà présent dans l’assiette.

    Un accord peut être réussi sans que le vin prenne la première place. Parfois, sa plus grande qualité est de laisser le plat parler davantage.

    ——

    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Ojingeo Sundae (오징어순대)