Kyunghee Kim
Regard gastronomique

Cuisine, vin et réflexion — entre la Corée et la France

  • Vins & Gastronomie : M. Chapoutier — La Mordorée 2021, Côte-Rôtie

    Une Syrah du Rhône face au sundae gopchang bokkeum coréen

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Vallée du Rhône

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    Introduction

    Certains accords naissent d’une évidence.

    D’autres apparaissent lorsque deux univers très différents se rencontrent.

    C’est ce qui m’intéresse dans la rencontre entre La Mordorée 2021 de M. Chapoutier, une Côte-Rôtie issue de Syrah, et le sundae gopchang bokkeum (순대곱창볶음), un plat coréen de sundae et d’abats de porc sautés dans une sauce relevée.

    D’un côté, une Syrah du nord de la vallée du Rhône, structurée, profonde et marquée par les épices.

    De l’autre, une cuisine coréenne populaire, généreuse, pimentée et construite autour de plusieurs textures.

    Le rapprochement pourrait sembler inattendu.

    Pourtant, dès la première bouchée, certaines correspondances apparaissent : le caractère épicé, la profondeur des saveurs, la richesse des abats et surtout cette présence persistante en bouche qui appelle une nouvelle gorgée.

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    Le vin

    M. Chapoutier — La Mordorée 2021

    Appellation : Côte-Rôtie
    Région : Vallée du Rhône septentrionale
    Millésime : 2021
    Cépage : Syrah

    La Mordorée est l’une des cuvées emblématiques de M. Chapoutier en Côte-Rôtie.

    Le 2021 est élaboré à partir de Syrah provenant de vieilles vignes, âgées en moyenne de plus de 60 ans. Les raisins sont vendangés manuellement à maturité.

    La cuvée exprime une Côte-Rôtie profonde, mais sans rechercher uniquement la puissance.

    Le fruit noir, les épices et les notes florales construisent progressivement son identité.

    C’est un vin qui possède suffisamment de matière pour accompagner une cuisine intense, tout en conservant une élégance qui évite à l’ensemble de devenir trop lourd.

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    Le cépage

    Syrah

    La Syrah possède une personnalité immédiatement reconnaissable.

    Elle peut exprimer les fruits noirs, les épices, le poivre, les fleurs et parfois des notes plus sauvages ou fumées.

    Dans La Mordorée 2021, cette expression apparaît avec beaucoup de précision.

    La framboise et les fruits noirs rencontrent la violette, les épices, l’olive noire et une nuance de romarin.

    Ce registre aromatique donne au vin une profondeur particulière.

    Il ne s’agit pas seulement d’un vin fruité.

    Le fruit est accompagné par des notes plus sombres, plus épicées, qui donnent au vin son relief.

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    Le terroir

    Côte-Rôtie

    La Côte-Rôtie se situe dans la partie septentrionale de la vallée du Rhône.

    Pour La Mordorée 2021, les sols sont composés notamment de micaschistes chloriteux et ferrugineux, mêlés à des zones de loess et de terre. La parcelle se situe à la limite de la Côte Blonde.

    La Côte-Rôtie est également connue pour ses deux expressions géologiques et paysagères, la Côte Brune et la Côte Blonde.

    Cette dualité participe à la complexité de l’appellation.

    Dans le verre, La Mordorée associe ainsi profondeur et élégance, avec une matière suffisamment dense pour donner du relief sans perdre sa finesse.

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    La vinification

    Pour le millésime 2021, les raisins sont entièrement égrappés avant d’être vinifiés en cuves béton.

    Des remontages quotidiens permettent d’extraire la couleur et les tanins, tandis que la température de fermentation ne dépasse pas 32 °C.

    Seul le jus d’écoulage est utilisé.

    Cette vinification donne au vin une structure suffisamment présente pour accompagner une cuisine riche et relevée, tout en conservant la précision du fruit.

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    L’élevage

    La Mordorée 2021 est ensuite élevée entièrement en fûts de 225 litres pendant 14 à 18 mois, avec une proportion de fûts neufs.

    L’élevage accompagne progressivement la matière.

    Le bois ne constitue pas le premier langage du vin.

    Il vient plutôt soutenir sa profondeur et donner davantage de relief à une matière déjà riche.

    Avec le temps, le fruit, les épices et les notes florales trouvent un équilibre plus harmonieux.

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    La dégustation

    La robe

    La robe est d’un rouge profond, presque sombre.

    Elle annonce immédiatement une certaine densité, mais sans donner une impression de lourdeur.

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    Au nez

    Le premier nez s’ouvre sur les fruits noirs.

    Puis la framboise apporte une touche plus vive.

    À mesure que le vin s’ouvre, la violette apparaît, suivie par les épices.

    L’olive noire et la tapenade donnent davantage de profondeur, tandis qu’une nuance de romarin apporte une dimension aromatique plus fraîche.

    Avec l’aération, le nez devient plus complexe.

    Le fruit n’est plus seul.

    Il se mêle aux notes florales, épicées et légèrement sauvages.

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    En bouche

    L’attaque est ample.

    La matière entre en bouche avec une certaine générosité, puis la fraîcheur vient progressivement dessiner le contour du vin.

    Les tanins sont présents, mais leur texture reste remarquablement soyeuse.

    Le vin possède de la densité sans devenir pesant.

    Le fruit noir laisse apparaître des nuances épicées et florales, tandis qu’une sensation plus fraîche maintient le palais en mouvement.

    C’est cette association entre densité et fraîcheur qui donne au vin sa précision.

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    La finale

    La finale s’étire avec une belle persistance.

    Les petits fruits acidulés apportent une dernière sensation de fraîcheur, tandis que les notes de fougère et une nuance légèrement fumée prolongent le caractère du vin.

    La bouche reste longtemps expressive.

    Ce n’est pas une finale qui disparaît rapidement.

    Elle reste en mémoire et prépare naturellement la bouchée suivante.

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    Avec le sundae gopchang bokkeum

    Le sundae gopchang bokkeum est un plat qui ne manque pas de caractère.

    Le sundae, les intestins de porc et les légumes sont saisis ensemble dans une sauce relevée.

    La chaleur du piment, la richesse des abats et la texture plus tendre du sundae créent une bouchée particulièrement expressive.

    Avec La Mordorée, ce n’est pas la puissance qui m’intéresse le plus.

    C’est la correspondance aromatique.

    Le poivre et les épices de la Syrah trouvent un écho naturel dans le caractère relevé de la sauce.

    Les fruits noirs donnent de la profondeur à la richesse du porc, tandis que la fraîcheur du vin permet au palais de ne pas rester enfermé dans cette intensité.

    Le vin ne cherche donc pas à calmer le plat.

    Il entre dans son rythme.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    Les épices

    C’est probablement le premier point de rencontre.

    La sauce du sundae gopchang bokkeum possède une expression pimentée et épicée.

    La Syrah répond à cette dimension avec ses propres notes de poivre et d’épices.

    Il ne s’agit pas d’une opposition entre le piment du plat et l’épice du vin.

    Les deux se prolongent.

    Le vin donne même davantage de profondeur aromatique à la sauce.

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    La richesse des abats et la structure du vin

    Les intestins de porc apportent une texture et une richesse particulières.

    La Mordorée possède suffisamment de matière et de structure pour ne pas disparaître face aux abats.

    Mais ses tanins restent suffisamment fins pour ne pas durcir la texture.

    Le vin accompagne donc la richesse sans la renforcer excessivement.

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    Le fruit noir et la sauce

    La sauce apporte plusieurs sensations en même temps : le piment, la douceur, le sel, les condiments et une profonde dimension umami.

    Face à cette complexité, le fruit noir de la Syrah agit comme un fil conducteur.

    Il donne une profondeur supplémentaire à la bouchée et crée une transition entre les différentes saveurs.

    Le vin ne simplifie pas le plat.

    Il lui donne une autre dimension.

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    La fraîcheur et la longueur

    Enfin, la fraîcheur est essentielle.

    Après une bouchée riche et relevée, le palais a besoin de retrouver de l’espace.

    La fraîcheur de La Mordorée permet au vin de rester dynamique malgré sa densité.

    La finale longue prolonge ensuite les saveurs du plat.

    Ainsi, l’accord ne repose pas seulement sur la puissance.

    Il repose sur un équilibre entre épices, matière, fraîcheur et longueur.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Le sundae gopchang bokkeum montre une autre facette de la cuisine coréenne.

    Elle peut être directe, généreuse et profondément savoureuse, sans perdre sa complexité.

    Dans une même assiette, le sundae, les abats, les légumes, les vermicelles et la sauce créent des textures et des intensités différentes.

    Le vin permet de les observer autrement.

    Avec une Syrah de Côte-Rôtie, ce n’est plus seulement le caractère pimenté du plat que l’on remarque.

    On découvre aussi sa profondeur, sa richesse, son côté fumé et épicé, ainsi que la manière dont les différentes textures évoluent en bouche.

    C’est peut-être là que réside l’intérêt d’un accord entre deux cultures gastronomiques éloignées :

    ne pas chercher à les rapprocher artificiellement, mais découvrir ce qu’elles peuvent se révéler l’une à l’autre.

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    Mon regard

    J’aime les accords qui commencent par une certaine surprise.

    Le sundae gopchang bokkeum n’est pas le plat auquel on penserait spontanément pour accompagner une grande Côte-Rôtie.

    Et pourtant, la Syrah semble comprendre quelque chose de cette cuisine.

    Les épices répondent aux épices.

    La profondeur répond à la profondeur.

    La fraîcheur donne de l’espace.

    Et les tanins accompagnent la matière.

    Le vin ne rend pas le plat plus sophistiqué.

    Il révèle simplement une autre dimension de sa personnalité.

    Une cuisine populaire peut avoir suffisamment de profondeur pour rencontrer un grand vin sans jamais perdre ce qui fait son identité.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Sundae Gopchang Bokkeum (순대곱창볶음)

  • Vins & Gastronomie : Domaine Lucien Boillot & Fils — Volnay 2020

    Un Pinot Noir de Bourgogne à table avec le jeontong sundae coréen

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Bourgogne

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    Introduction

    Un accord mets-vins ne commence pas toujours par une ressemblance.

    Parfois, c’est une différence de texture, de fraîcheur ou de rythme qui crée le dialogue.

    C’est ce qui m’a intéressée avec ce Volnay 2020 du Domaine Lucien Boillot & Fils, dégusté avec le jeontong sundae (전통순대), le boudin traditionnel coréen.

    Le sundae appartient à une cuisine populaire, généreuse et profondément ancrée dans la tradition coréenne.

    Le Volnay, lui, vient d’un univers où l’on recherche davantage la finesse, la précision et l’expression du Pinot Noir.

    Deux cultures de table très différentes.

    Et pourtant, à la dégustation, leur rencontre ne produit ni opposition ni effacement.

    Elle crée un équilibre.

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    Le vin

    Domaine Lucien Boillot & Fils — Volnay 2020

    Appellation : Volnay
    Région : Bourgogne · Côte de Beaune
    Millésime : 2020
    Cépage : Pinot Noir

    Le Domaine Lucien Boillot & Fils est une maison familiale bourguignonne dont l’histoire est intimement liée à Volnay et à la Côte de Beaune.

    Avec ce Volnay 2020, le domaine propose une expression précise et élégante du Pinot Noir.

    Le vin ne cherche pas à s’imposer par la puissance. Il avance avec retenue, laissant progressivement apparaître son caractère.

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    Le cépage

    Pinot Noir

    Le Pinot Noir est un cépage qui révèle facilement son environnement.

    Sa finesse lui permet de transmettre les nuances du lieu plutôt que de les recouvrir.

    Il possède également une structure particulière : moins fondée sur la puissance que sur l’équilibre entre fruit, acidité et tanins.

    Dans les vins de Volnay, cette expression peut prendre une dimension particulièrement élégante.

    Le Pinot Noir peut alors donner un vin aérien tout en conservant une véritable profondeur.

    Cette dualité — délicatesse et structure — est l’une des raisons pour lesquelles j’aime le travailler à table.

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    Le terroir

    Volnay, Côte de Beaune

    Volnay se situe au cœur de la Côte de Beaune, en Bourgogne.

    Le vignoble est principalement constitué de sols argilo-calcaires, qui participent à la finesse et à la fraîcheur des vins.

    Le village est surtout connu pour ses vins rouges issus du Pinot Noir, souvent associés à une expression élégante et florale.

    Mais le terroir ne donne pas seulement une identité aromatique au vin.

    Il participe aussi à sa manière de se tenir en bouche : la matière reste précise, sans chercher la lourdeur.

    Dans le verre, cette sensation de tension discrète accompagne naturellement le caractère du millésime 2020.

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    La vinification

    La vinification cherche à préserver l’expression naturelle du Pinot Noir et la précision du fruit.

    Les raisins sont vendangés à la main et le travail au chai privilégie une approche respectueuse de la matière première.

    L’objectif est de construire un vin dans lequel le fruit reste lisible et où la structure accompagne plutôt qu’elle ne domine.

    Cette approche permet de conserver une certaine fraîcheur, essentielle à l’équilibre final du vin.

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    L’élevage

    L’élevage vient ensuite donner au vin le temps nécessaire pour trouver son équilibre.

    Le bois accompagne progressivement la matière sans devenir le premier élément perceptible.

    Le fruit gagne en profondeur, tandis que la texture se fond peu à peu.

    Ce travail du temps est important dans un Pinot Noir.

    Il ne s’agit pas seulement d’ajouter des arômes, mais de laisser le vin évoluer vers davantage d’harmonie.

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    La dégustation

    La robe

    La robe est rouge rubis, lumineuse, avec une profondeur mesurée.

    Elle donne immédiatement une impression de fraîcheur plutôt que de puissance.

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    Au nez

    Le premier mouvement est celui du fruit rouge.

    La cerise apparaît avec naturel, accompagnée de notes de framboise.

    Puis le parfum s’élargit.

    Une nuance florale évoque la rose, tandis qu’une discrète touche épicée apporte davantage de relief.

    À mesure que le vin reste dans le verre, le nez gagne en profondeur.

    Les arômes ne se présentent pas comme une succession de notes isolées.

    Ils se mêlent progressivement, donnant une impression plus nuancée et plus vivante.

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    En bouche

    L’attaque est souple.

    Le fruit rouge revient, porté par une fraîcheur nette qui donne au vin son mouvement.

    La matière est fine, mais elle n’est pas dépourvue de structure.

    Les tanins sont délicats, avec une texture soyeuse qui accompagne le palais sans l’assécher.

    Le vin évolue progressivement, passant du fruit vers une expression plus profonde et plus minérale.

    Ce qui ressort surtout est sa mesure.

    Il possède suffisamment de matière pour être présent à table, mais jamais au point de prendre toute la place.

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    La finale

    La finale reste fraîche et précise.

    Le fruit s’efface lentement au profit de nuances florales et légèrement épicées.

    La texture devient plus douce, tandis que la fraîcheur maintient la bouche en éveil.

    Le vin laisse une impression élégante et discrète, qui appelle naturellement une nouvelle bouchée.

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    Avec le jeontong sundae

    Avec le jeontong sundae, le Volnay change légèrement de registre.

    Le vin n’est plus seulement dégusté pour lui-même.

    Sa fraîcheur devient un élément actif du repas.

    Elle accompagne la richesse du sundae et permet de retrouver plus nettement les nuances apportées par les différents accompagnements.

    Le saeujeot, notamment, introduit une salinité et une profondeur fermentée qui renforcent la personnalité du plat.

    Le Pinot Noir apporte en retour son fruit et sa fraîcheur.

    Le résultat n’est pas un contraste spectaculaire.

    Il est plus subtil.

    Le vin permet à chaque bouchée de retrouver son équilibre avant la suivante.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    La fraîcheur face à la richesse

    Le premier élément est la fraîcheur.

    Le sundae possède une matière riche et dense.

    Le Volnay apporte une tension suffisante pour alléger la perception de cette richesse sans la supprimer.

    Le palais reste ainsi plus disponible.

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    La finesse des tanins et la texture du sundae

    Le deuxième élément est la texture.

    La chair du sundae possède une légère élasticité et une certaine densité.

    Des tanins trop fermes pourraient accentuer cette sensation.

    Ici, leur finesse crée au contraire une continuité.

    Ils accompagnent la texture du plat puis disparaissent progressivement.

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    Le fruit et les condiments

    Le troisième élément est le fruit.

    Le sel et le saeujeot donnent au sundae une intensité particulière.

    Le fruit rouge du Pinot Noir apporte une autre dimension, plus fraîche et plus lumineuse.

    Il ne neutralise pas les condiments.

    Il les met en relief.

    C’est particulièrement intéressant avec le saeujeot : la salinité accentue la sensation de fruit et rend la bouche plus expressive.

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    Le vin face aux différentes textures

    Enfin, le Volnay fonctionne bien lorsque plusieurs éléments se succèdent dans le même repas.

    Le sundae, le foie, le poumon ou les autres morceaux de porc n’ont ni la même texture ni la même intensité.

    Un vin trop puissant pourrait imposer une seule lecture à l’ensemble.

    La finesse du Volnay permet au contraire de suivre ces variations.

    Le vin reste le même, mais la perception change légèrement selon chaque bouchée.

    C’est là que l’accord devient intéressant.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Associer un Volnay à un jeontong sundae ne consiste pas à rendre une cuisine populaire plus « gastronomique ».

    Ce serait passer à côté de l’essentiel.

    L’intérêt est plutôt de découvrir qu’un plat traditionnel possède déjà suffisamment de complexité pour dialoguer avec un vin de Bourgogne.

    La richesse, la fermentation, la salinité, les textures et les différentes parties du porc créent naturellement plusieurs niveaux de lecture.

    Le vin vient simplement les révéler autrement.

    Cette expérience rappelle aussi que la cuisine coréenne ne se limite pas aux plats que l’on associe spontanément à la cuisine coréenne contemporaine.

    Elle possède une profondeur qui existe également dans ses cuisines populaires et quotidiennes.

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    Mon regard

    J’aime les accords qui ne cherchent pas à faire disparaître les différences.

    Le Volnay reste un vin de Bourgogne.

    Le jeontong sundae reste un plat profondément coréen.

    Aucun des deux n’a besoin de devenir autre chose pour fonctionner avec l’autre.

    Le vin apporte sa finesse au plat.

    Le plat donne au vin une autre profondeur.

    Et entre les deux, quelque chose se crée.

    Un accord réussi n’est peut-être pas celui où le vin et le plat se ressemblent, mais celui où chacun permet de mieux comprendre l’autre.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Jeontong Sundae (전통순대)

  • Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Kongnamul-guk (콩나물국)

    Une soupe coréenne simple et légère aux germes de soja

    Corée du Sud · Cuisine du quotidien

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    Introduction

    Le kongnamul-guk (콩나물국) est une soupe coréenne simple et légère, préparée autour des germes de soja.

    Elle occupe une place familière dans la cuisine quotidienne coréenne et peut être préparée de différentes manières selon les maisons.

    Servie chaude avec du riz et quelques banchan, elle compose un repas simple et équilibré.

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    Les origines

    Le kongnamul (콩나물), les germes de soja, est un ingrédient très présent dans la cuisine coréenne.

    Il est utilisé dans de nombreuses préparations, notamment les soupes, les namul et le bibimbap.

    Le kongnamul-guk s’inscrit dans cette cuisine familiale où quelques ingrédients simples permettent de préparer une soupe à servir avec le riz.

    Comme pour de nombreux plats du quotidien, sa préparation peut varier selon les familles : le bouillon, les légumes utilisés et les assaisonnements ne sont pas nécessairement les mêmes d’une maison à l’autre.

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    Les ingrédients

    Pour cette préparation, j’ai utilisé principalement :

    • le kongnamul (콩나물), les germes de soja
    • le radis coréen (무)
    • un bouillon clair
    • les assaisonnements

    La quantité et le choix des ingrédients complémentaires peuvent varier selon la préparation.

    Ici, le radis apporte une douceur discrète qui complète naturellement le goût du kongnamul.

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    Le plat

    Le kongnamul-guk se distingue par son bouillon clair et son expression légère.

    Les germes de soja sont cuits avec le radis, permettant aux saveurs de se diffuser progressivement dans le bouillon.

    Après cuisson, les germes restent souples tout en conservant une légère texture croquante.

    Le radis apporte une douceur discrète et le bouillon reste net, avec une sensation légèrement fraîche en bouche.

    Cette préparation donne une soupe simple, équilibrée et délicate, dans laquelle aucun ingrédient ne prend véritablement le dessus.

    Servi chaud avec du riz et quelques banchan, le kongnamul-guk trouve naturellement sa place dans un repas quotidien.

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    Une culture

    Le kongnamul-guk appartient à ces soupes familières que l’on peut retrouver dans la cuisine quotidienne coréenne.

    Sa préparation n’est pas figée : selon les maisons, les ingrédients complémentaires, le bouillon ou l’assaisonnement peuvent changer.

    Cette liberté de préparation permet à un même plat de prendre des expressions légèrement différentes d’une table à l’autre.

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    Accord mets et vin

    La Bohème 2020

    Domaine de la Sénéchalière

    Sa fraîcheur et sa tension accompagnent la clarté du bouillon.

    Sa texture souple s’accorde avec le caractère délicat des germes de soja, tandis que sa fraîcheur souligne la douceur discrète du radis.

    L’ensemble reste léger et précis, sans masquer les saveurs simples de la soupe.

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    Mon regard

    Ce qui m’intéresse dans le kongnamul-guk, c’est sa simplicité.

    Le kongnamul constitue le cœur de la soupe, tandis que les ingrédients complémentaires viennent simplement construire son équilibre.

    Ici, le radis apporte une douceur discrète et le bouillon relie l’ensemble sans masquer le goût des germes de soja.

    Avec du riz et quelques banchan, cette soupe montre comment quelques ingrédients peuvent suffire à composer un repas complet et harmonieux.

    C’est dans cette simplicité que je retrouve une expression très naturelle de la cuisine coréenne du quotidien.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Miyeok-guk (미역국)

    Art de vivre coréen : Pourquoi les Coréens mangent-ils du kongnamul-guk (콩나물국) lorsqu’ils sont enrhumés ?

  • Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Miyeok-guk (미역국)

    Une soupe de bœuf, entre profondeur et fraîcheur marine

    Corée du Sud · Cuisine du quotidien

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    Introduction

    Le miyeok-guk (미역국) est une soupe coréenne préparée avec du miyeok, une algue brune séchée puis réhydratée.

    Sa préparation varie selon les familles et les habitudes culinaires. Cette version associe du yangji (양지), une pièce de bœuf à mijoter, à un bouillon de palourdes.

    Le bœuf apporte de la profondeur, tandis que le bouillon de palourdes apporte une dimension marine plus délicate.

    L’ensemble donne une soupe simple, mais construite autour d’un équilibre entre richesse et fraîcheur.

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    Le miyeok

    Le miyeok est une algue brune couramment utilisée dans la cuisine coréenne.

    Il est généralement conservé sous forme séchée, puis réhydraté avant la cuisson.

    Une fois préparé, il devient souple tout en conservant une légère fermeté. Son goût reste discret, avec une dimension végétale et marine qui lui permet de bien s’intégrer au bouillon.

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    Les ingrédients

    Cette version repose principalement sur trois éléments : le miyeok, le yangji et le bouillon de palourdes.

    Le yangji est un morceau de bœuf adapté à une cuisson longue. Il donne au bouillon une base plus profonde et apporte également une texture consistante au plat.

    Les palourdes sont utilisées ici pour préparer le bouillon. Leur présence apporte une salinité délicate et une fraîcheur marine qui complètent le caractère plus riche du bœuf.

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    Le plat

    Le miyeok-guk est servi bien chaud, généralement avec du riz et différents banchan (반찬).

    Dans cette version, les morceaux de yangji se mêlent au miyeok dans le bouillon.

    La viande apporte une bouchée plus généreuse, tandis que le miyeok offre une texture souple et absorbe les saveurs du bouillon.

    Le riz permet de compléter la dégustation et accompagne naturellement la soupe.

    L’ensemble reste léger dans son expression, malgré la présence du bœuf : le bouillon de palourdes apporte une fraîcheur qui équilibre le plat.

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    Une culture

    Le miyeok-guk possède également une dimension culturelle importante, notamment à travers son association avec les anniversaires en Corée.

    Cette tradition est liée à la consommation de miyeok-guk après l’accouchement et à la mémoire de la naissance.

    Pour découvrir cette tradition plus en détail :

    Art de vivre coréen : Pourquoi les Coréens mangent-ils du miyeok-guk le jour de leur anniversaire ?

    Ici, le miyeok-guk est envisagé sous un autre angle : celui d’une soupe présente dans la cuisine quotidienne, dont les ingrédients et les associations peuvent varier d’une maison à l’autre.

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    Accord mets et vin

    Chablis 1er Cru 2023 · « Montée de Tonnerre »

    Lucien Le Moine

    Ce miyeok-guk, préparé avec du yangji et un bouillon de palourdes, trouve un équilibre naturel avec un Chablis Premier Cru.

    La fraîcheur et l’acidité du vin apportent de la vivacité à la soupe, tandis que sa minéralité fait écho à la dimension marine apportée par les palourdes et le miyeok.

    Face à la richesse du bœuf, le vin apporte de la tension et de la légèreté.

    L’accord repose ainsi sur une continuité entre le bouillon, la viande et les notes marines, sans masquer la finesse de la soupe.

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    Mon regard

    Ce qui m’intéresse dans cette version du miyeok-guk, c’est la manière dont le bœuf et les coquillages construisent ensemble le bouillon.

    Le yangji apporte la profondeur, tandis que les palourdes introduisent une expression plus fraîche et marine.

    Le miyeok se situe entre les deux : il apporte sa texture et accompagne naturellement le bouillon sans en dominer le goût.

    C’est une cuisine qui ne cherche pas à multiplier les saveurs.

    Elle travaille plutôt sur la relation entre quelques ingrédients et sur la façon dont chacun trouve sa place dans le même bouillon.

    Le résultat est une soupe familière, précise dans son équilibre, où la profondeur du bœuf rencontre discrètement la fraîcheur de la mer.

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    Pour aller plus loin

    Art de vivre coréen : Pourquoi les Coréens mangent-ils du miyeok-guk (미역국) le jour de leur anniversaire ?

  • Vins & Gastronomie : Pierre Gimonnet & Fils — Cuvée Paradoxe Brut 2019, Premier Cru

    Un Champagne à table avec le meori suyuk coréen

    Corée du Sud · Cuisine coréenne · Champagne

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    Introduction

    Lorsque l’on pense au Champagne, on l’imagine souvent à l’apéritif ou associé à des mets délicats.

    Pourtant, le Champagne peut aussi trouver sa place auprès de cuisines plus généreuses, plus salées et plus riches en textures.

    C’est ce que j’ai découvert avec un plat profondément coréen : le meori suyuk, une préparation de tête de porc cuite puis découpée en différentes parties.

    Dans une même assiette se rencontrent plusieurs textures : chair tendre, gras, peau et parties plus gélatineuses. Le plat est accompagné ici de feuilles de périlla, d’ail et surtout de saeujeot, de petites crevettes fermentées et salées, qui apportent une salinité particulière et soulignent la profondeur umami du porc.

    À côté de cette assiette, j’ai dégusté un Champagne que je connaissais déjà pour son caractère singulier :

    Pierre Gimonnet & Fils — Cuvée Paradoxe Brut 2019, Premier Cru

    Cette rencontre m’a particulièrement intéressée parce que le vin ne s’est pas contenté d’accompagner le plat.

    Il a fait apparaître certaines de ses caractéristiques sous un autre jour.

    Le meori suyuk

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    Le vin

    Pierre Gimonnet & Fils — Cuvée Paradoxe Brut 2019, Premier Cru

    Appellation : Champagne

    Cuvée : Paradoxe

    Millésime : 2019

    Cru : Premier Cru

    Cépages : 90 % Pinot Noir · 10 % Chardonnay

    Pierre Gimonnet & Fils est un domaine familial installé à Cuis, au cœur de la Côte des Blancs.

    Le domaine est particulièrement connu pour ses Champagnes à dominante de Chardonnay. Paradoxe occupe donc une place particulière dans sa gamme : cette cuvée est construite autour du Pinot Noir, avec une petite proportion de Chardonnay.

    Le nom Paradoxe prend ainsi tout son sens.

    Il évoque une cuvée qui s’éloigne du profil habituel du domaine, tout en conservant son souci de fraîcheur, de précision et d’équilibre.

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    Les cépages

    Pinot Noir · Chardonnay

    Paradoxe 2019 est composé de 90 % de Pinot Noir et de 10 % de Chardonnay.

    Cette proportion est importante pour comprendre le style du vin.

    Le Pinot Noir apporte davantage de matière, de structure et de présence en bouche.

    Le Chardonnay intervient en complément, apportant fraîcheur et tension.

    L’équilibre entre les deux cépages donne un Champagne qui ne cherche pas uniquement la légèreté.

    Il possède une certaine ampleur, tout en conservant une ligne fraîche et précise.

    C’est justement cette combinaison qui m’a semblé intéressante à table : le vin possède suffisamment de présence pour accompagner un plat riche, sans perdre la vivacité caractéristique du Champagne.

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    Le terroir

    Aÿ et Côte des Blancs

    La particularité de Paradoxe vient également de l’origine de ses raisins.

    Le Pinot Noir provient principalement d’Aÿ, tandis que le Chardonnay vient de la Côte des Blancs.

    On retrouve donc dans une même cuvée deux expressions différentes du terroir champenois.

    Le Pinot Noir apporte une dimension plus ample et structurée.

    Le Chardonnay apporte une autre forme de tension et de fraîcheur.

    Cette rencontre entre deux cépages et deux identités géographiques participe à la personnalité de Paradoxe.

    C’est aussi ce qui m’intéresse dans le Champagne : derrière une bouteille se trouvent toujours des lieux, des sols, des expositions et des choix de culture qui influencent l’expression du vin.

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    La vinification

    La vinification cherche ici à préserver la précision et la fraîcheur du fruit plutôt qu’à ajouter une expression boisée.

    Les vins sont vinifiés en cuves inox, avec fermentation alcoolique et fermentation malolactique.

    Cette approche permet de conserver une expression nette du vin avant son évolution en bouteille.

    L’objectif est de laisser la matière première et le terroir s’exprimer sans que le bois ne prenne une place dominante.

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    L’élevage

    Après l’assemblage et la mise en bouteille, le vin poursuit son évolution sur lies.

    Cette période apporte progressivement davantage de complexité.

    Des notes de brioche, de pain grillé et de noisette peuvent alors venir compléter les arômes fruités.

    Pour le millésime 2019, le vin a bénéficié d’un élevage prolongé sur lies, avec un dosage de 6 g/L.

    Le temps passé en bouteille ne remplace pas la fraîcheur du vin.

    Il lui ajoute progressivement une autre dimension.

    C’est cette coexistence entre fraîcheur, matière et évolution qui m’a particulièrement intéressée dans cette bouteille.

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    La dégustation

    Au nez

    Au premier nez, le vin présente une sensation fraîche et précise.

    J’y retrouve des notes de fruits frais, notamment la pomme et les agrumes.

    En laissant le vin évoluer dans le verre, des notes plus douces apparaissent progressivement.

    La brioche et une nuance légèrement noisettée viennent compléter le registre fruité.

    L’ensemble reste élégant et équilibré.

    Le nez ne cherche pas à impressionner par son intensité.

    Il se découvre progressivement.

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    En bouche

    En bouche, l’acidité donne immédiatement une direction au vin.

    Elle apporte de la tension sans rendre l’ensemble austère.

    La mousse est fine et accompagne le vin sans dominer.

    Le fruit revient avec une sensation d’agrumes et de pomme fraîche, puis laisse apparaître des nuances plus mûres et légèrement toastées.

    Ce qui m’a surtout marquée est la texture.

    Le vin possède suffisamment de matière pour rester présent face à un plat riche, tout en gardant une fraîcheur qui lui permet de rester précis.

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    La finale

    La finale est fraîche et persistante.

    Les agrumes et la sensation minérale restent en bouche, accompagnés d’une discrète note plus savoureuse et légèrement toastée.

    Le vin ne termine pas sur une impression lourde.

    Au contraire, il donne envie de reprendre une bouchée, puis une nouvelle gorgée.

    C’est précisément ce qui devient intéressant lorsqu’il est dégusté à table.

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    Avec le meori suyuk (머리수육)

    Le meori suyuk est un plat particulièrement intéressant pour réfléchir à l’accord mets-vins.

    Il ne possède pas une seule texture.

    Selon le morceau, on peut rencontrer une chair tendre, une partie plus grasse, une peau souple ou une texture plus gélatineuse.

    La dégustation change donc presque à chaque bouchée.

    À cela s’ajoutent la fraîcheur aromatique de la feuille de périlla, l’ail et surtout le saeujeot, ces petites crevettes fermentées et salées traditionnellement servies avec certaines préparations de porc.

    Le saeujeot ne sert pas seulement à saler la viande.

    Sa fermentation apporte une profondeur umami et une dimension marine qui contrastent avec la richesse du porc.

    Le plat possède ainsi plusieurs dimensions : gras, sel, texture, parfum, fermentation et umami.

    C’est là que le Champagne trouve naturellement sa place.

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    Pourquoi cet accord fonctionne

    Le gras et l’acidité

    La richesse de certaines parties du meori suyuk laisse une sensation généreuse en bouche.

    L’acidité du Champagne apporte alors une ligne de fraîcheur qui vient équilibrer cette richesse.

    Mais je ne dirais pas simplement que le Champagne « enlève le gras ».

    Il permet plutôt de réinitialiser la sensation en bouche, afin que l’on puisse revenir au plat avec une perception renouvelée.

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    La texture et la mousse

    Le meori suyuk possède des textures souples, tendres et parfois légèrement gélatineuses.

    La mousse du Champagne crée un contraste avec cette texture.

    Le mouvement des bulles apporte une sensation différente après la bouchée.

    L’accord devient alors presque tactile.

    Une texture douce face à une texture aérienne et vibrante.

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    Le sel, le saeujeot et la fraîcheur

    Le saeujeot, avec sa salinité et ses notes fermentées, joue ici un rôle important dans l’équilibre du plat.

    Il accentue naturellement la richesse du porc et apporte une profondeur umami particulière.

    La fraîcheur du Champagne accompagne cette salinité et empêche l’ensemble de devenir trop lourd.

    L’acidité agit comme une ligne qui traverse le plat et lui donne davantage de définition.

    Ici, le Champagne ne cherche donc pas à neutraliser le saeujeot.

    Il accompagne son caractère salin et fermenté, tout en apportant une autre dimension au plat.

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    La richesse du plat et la présence du vin

    Un vin trop léger pourrait disparaître face à certaines parties du meori suyuk.

    Paradoxe possède suffisamment de matière et de longueur pour rester présent.

    C’est ce qui rend l’accord intéressant.

    Le vin ne cherche pas à dominer le plat.

    Il conserve simplement sa place à côté de lui.

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    Une autre manière de regarder la cuisine coréenne

    Cette dégustation m’a aussi fait réfléchir à la manière dont nous imaginons les accords entre la cuisine coréenne et le vin.

    On pense souvent aux grillades, au bulgogi, aux fruits de mer ou aux plats plus connus à l’étranger.

    Mais la cuisine coréenne possède une diversité beaucoup plus grande de textures et de saveurs.

    Le meori suyuk en est un exemple.

    Pour trouver un accord, il est peut-être plus intéressant de ne pas partir uniquement du nom du plat.

    Je préfère observer sa structure.

    Quelle est sa texture ?

    Quelle est sa richesse ?

    Quelle est sa salinité ?

    Quelle place occupent les condiments et les fermentations ?

    Quelle longueur laisse-t-il en bouche ?

    C’est à partir de ces éléments que le dialogue avec le vin peut commencer.

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    Mon regard

    Meori suyuk et Champagne.

    Deux univers qui, au premier regard, semblent très éloignés.

    D’un côté, une assiette profondément coréenne, faite de porc, de sel, de textures et de condiments.

    De l’autre, un Champagne né dans les vignobles français, façonné par le travail de la vigne, la fermentation et le temps.

    Pourtant, autour d’une table, la distance disparaît.

    Une bouchée.

    Une gorgée.

    Puis une autre bouchée.

    Le vin ne transforme pas la cuisine coréenne en cuisine française.

    Et la cuisine coréenne ne transforme pas le Champagne en autre chose.

    Chacun conserve son identité.

    Mais lorsqu’ils se rencontrent, ils permettent de découvrir quelque chose de nouveau.

    C’est peut-être cela que j’aime le plus dans les accords entre le vin et la cuisine.

    Il ne s’agit pas toujours de trouver ce qui se ressemble.

    Parfois, il suffit de trouver ce qui permet à deux univers différents de mieux se révéler.

    Ce soir-là, le Paradoxe 2019 m’a fait regarder le meori suyuk autrement.

    Et le meori suyuk m’a, à son tour, fait découvrir le Champagne sous un autre angle.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne : Meori Suyuk (머리수육)