Kyunghee Kim
Regard gastronomique

Cuisine, vin et réflexion — entre la Corée et la France

  • Gastronomie coréenne — Jeju et la mer

    La gastronomie coréenne s’ouvre ici dans une expression plus brute et insulaire.

    Jeju (제주) — Corée du Sud

    Une île façonnée par le vent, la mer et la roche volcanique,

    où la cuisine naît directement du territoire.

    Ici, rien ne cherche à transformer le produit — tout consiste à le révéler.

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    1. Haemultang (해물탕)

    Soupe de fruits de mer

    Un bouillon profond et iodé, où se mêlent coquillages et fruits de mer dans une intensité vibrante.

    La cuisson, simple et directe, laisse apparaître la richesse des produits, sans détour ni artifice.

    Chaque élément conserve sa texture, tandis que l’ensemble compose une harmonie marine, à la fois vive et enveloppante.

    Mon Regard

    Une cuisine née des éléments.

    La mer ne se transforme pas —

    elle se donne, telle quelle.

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    2. Galchi gui (갈치구이)

    Poisson sabre grillé, apprécié pour sa chair fine et délicate.

    Une chair fine et délicate, révélée dans un geste simple.

    Mon Regard

    Dans la délicatesse de sa chair,

    la mer devient presque silencieuse.

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    La mer, dans sa forme la plus subtile.

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    3. Okdom muguk (옥돔뭇국)

    Un bouillon clair d’okdom.

    Un poisson rare, longtemps considéré comme précieux à Jeju,

    apprécié pour la finesse et la pureté de sa chair.

    Un bouillon limpide, presque fragile.

    La chaleur est douce, la texture légère,

    mais sa présence demeure longtemps en bouche.

    Une profondeur silencieuse.

    Mon Regard

    Dans cette clarté presque fragile,

    la mer semble parler à voix basse.

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    La mer, sans rien à ajouter.

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    4. Seongge miyeokguk (성게미역국)

    Soupe aux oursins et aux algues.

    L’oursin apporte une douceur iodée et une profondeur délicate au bouillon.

    Un goût à la fois doux et marin, porté par la chaleur apaisante des algues.

    Le bouillon reste léger, mais laisse une sensation profonde et persistante.

    En Corée, le miyeokguk est traditionnellement consommé après un accouchement pour aider le corps à se rétablir.

    Il est également servi lors des anniversaires, en mémoire de la mère et du jour de la naissance.

    Mon Regard

    Dans la douceur de ce bouillon,

    la mer devient réconfort et mémoire.

    La mer, dans ce qu’elle a de plus apaisant.

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    Conclusion

    À Jeju, la cuisine semble naître avant même le geste.

    Dans la chaleur d’un bouillon,

    la délicatesse d’un poisson ou le silence d’une algue,

    la mer demeure toujours présente.

  • En vivant,

    l’être humain grandit peu à peu

    au sein de normes invisibles

    et de rôles déjà tracés.

    Ces repères,

    transmis au fil du temps,

    traversent les générations

    et finissent par s’installer

    comme une direction naturelle de la vie.

    Dans l’enfance,

    les récits sur la manière de vivre

    se transforment doucement

    en une manière d’agir,

    en une idée de ce qui est souhaitable.

    Ces paroles,

    que l’on traverse sans en mesurer la profondeur,

    demeurent pourtant, avec le temps,

    silencieusement,

    quelque part en nous.

    Lorsqu’elles restent sans être comprises,

    les émotions peuvent parfois

    prendre d’autres directions.

    Dans ce temps qui s’écoule,

    l’on rencontre peu à peu

    de multiples regards.

    Certains regards

    s’approchent de manière difficile à saisir,

    d’autres

    ne voient pas l’être tel qu’il est,

    mais le réduisent

    à une seule image.

    Il arrive alors

    que l’on se regarde soi-même

    à travers des normes

    que l’on n’a pas choisies.

    Avec le temps,

    certains repères

    se transmettent

    comme s’ils allaient de soi.

    Certaines manières d’être

    semblent justes,

    tandis que d’autres

    sont, sans explication,

    silencieusement jugées.

    Ces normes

    ne relèvent peut-être pas

    d’un choix individuel,

    mais d’un mouvement

    qui s’est lentement prolongé

    à travers les générations.

    Ainsi, parfois,

    ce n’est pas soi-même que l’on voit,

    mais l’image

    que ces repères projettent de nous.

    Puis, un jour,

    il arrive que l’on prenne

    un peu de distance.

    Et alors,

    une pensée traverse doucement l’esprit.

    Peut-être que

    cela ne relevait pas

    de la faute d’une seule personne,

    mais d’un courant ancien,

    inscrit dans le temps.

    Comme les tanins d’un vin encore jeune,

    d’abord rugueux,

    qui, avec le temps,

    deviennent plus souples en bouche,

    le regard, lui aussi,

    change peu à peu de texture.

    À partir de ce moment,

    l’on commence

    à s’accueillir soi-même

    avec plus de douceur.

    Peut-être que vivre

    ne consiste pas à rester

    dans un rôle donné,

    mais à trouver, en soi,

    sa propre manière d’être.

    Alors, parfois,

    il devient simplement naturel

    de vouloir vivre,

    doucement,

    selon soi-même.

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    Château Margaux 2014, Margaux

    Un vin dont la finesse se révèle avec le temps.

  • Dans le cœur humain,

    il existe des émotions

    qui ne se déposent pas facilement avec le temps.

    Certains souvenirs

    ressemblent au dépôt d’un vieux vin,

    resté silencieusement au fond.

    Il suffit de faire tourner le verre

    pour que ces émotions remontent

    et troublent parfois tout l’esprit.

    Dans la jeunesse,

    il est facile de penser

    que cette opacité vient de la faute de quelqu’un.

    Mais avec le temps,

    une autre question apparaît peu à peu.

    Pourquoi cette vie

    n’a-t-elle pu suivre qu’un tel chemin ?

    Ces émotions demeurent souvent

    plus profondément

    dans les relations les plus proches de nous.

    Et lorsque l’on regarde quelqu’un

    uniquement à travers le nom de « parent »,

    il arrive que la colère du cœur

    ne s’apaise pas facilement.

    Mais il arrive aussi qu’un jour

    on les regarde autrement —

    comme la vie d’une femme,

    comme la vie d’un homme.

    Alors, peu à peu,

    certaines émotions commencent

    à prendre une autre lumière.

    Comme les tanins d’un vin jeune,

    rugueux au début,

    qui deviennent plus souples avec les années.

    Le temps ne change pas tout,

    mais il transforme lentement

    la texture de certaines émotions.

    Ainsi, le pardon

    n’est peut-être pas le fait d’effacer la faute de quelqu’un,

    mais simplement

    de regarder le temps de cette vie

    avec un autre regard.

    Peut-être

    que la colère et l’irritation

    ne sont que le nom d’un temps

    que l’on ne comprenait pas encore.

    Et lorsque ce temps devient compréhensible,

    la turbidité du cœur

    se dépose doucement.

    Comme lorsque le vin

    retrouve sa clarté dans le verre.

    Peut-être alors

    que le pardon

    est simplement le moment le plus silencieux

    où l’amour recommence à respirer.

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    Château Brane-Cantenac 2013, Margaux

    Un vin dont les tanins deviennent plus doux avec le temps.

  • Vivre, peut-être, ressemble à un acte de choix des sensations.

    Dans le monde, il existe une multitude d’aliments et d’ingrédients,

    mais il n’existe probablement aucune saveur

    qui soit entièrement inutile à l’être humain.

    Le sucré, l’acide, l’amer, le piquant, le salé.

    Ces cinq saveurs que la langue perçoit

    sont peut-être aussi les petites matières

    qui composent une vie.

    Parmi elles, le sucré

    apaise les cœurs fatigués

    et les enveloppe avec douceur.

    Comme un parfum chaud,

    il nous fait marquer une pause

    et nous redonne la force de nous relever.

    Ainsi, le sucré n’est peut-être pas

    quelque chose qu’il faudrait supprimer,

    mais plutôt une saveur

    qu’il faut apprendre à accueillir

    au bon moment et de la bonne manière.

    Lorsque la douceur d’un fruit

    est pleinement goûtée le matin,

    il arrive que l’on ne ressente plus,

    au cours de la journée,

    le besoin de chercher d’autres douceurs.

    Mais le sucré possède aussi

    un autre visage.

    Il peut apaiser l’esprit,

    mais il peut aussi, à certains moments,

    émousser les sensations

    et laisser un désir étrange

    qui nous pousse à le rechercher encore.

    Comme beaucoup de plaisirs dans la vie,

    la douceur elle aussi

    peut devenir réconfort ou excès

    selon le moment

    et la mesure avec laquelle on l’accueille.

    L’être humain a besoin

    de toutes les saveurs.

    Ce qui importe vraiment,

    c’est peut-être

    de savoir quand,

    combien

    et comment les choisir.

    Sans excès,

    au moment juste,

    dans la mesure qui convient.

    Dans cet équilibre,

    le corps s’apaise peu à peu,

    et les sens trouvent doucement leur place.

    Tout comme on choisit une saveur

    selon le moment et l’équilibre,

    la vie elle aussi

    se construit peu à peu

    à travers les choix vers lesquels

    nous nous orientons.

    Et alors, une pensée apparaît.

    Plutôt que d’éviter ce que l’on n’aime pas,

    vivre en laissant grandir,

    peu à peu,

    ce que l’on aime.

    Car les choix deviennent peut-être

    plus libres

    lorsqu’ils naissent de l’abondance

    plutôt que du manque.

    La question n’est peut-être pas

    « Que faut-il retenir ? »

    mais plutôt

    « Qu’est-ce que je veux aimer davantage ? ».

    Peut-être est-ce ainsi

    que la direction d’une vie

    se transforme silencieusement.

    Dans la cuisine aussi,

    on retrouve quelque chose de semblable.

    Le sucré, l’acide, l’amer, le salé, le piquant.

    Ces cinq saveurs

    dépassent la simple sensation de la langue

    et deviennent parfois

    une métaphore discrète

    des émotions et de l’expérience humaine.

    Le sucré évoque le réconfort,

    l’acide l’éveil,

    l’amer la réflexion,

    le salé la réalité,

    le piquant la libération.

    Ainsi, la journée elle aussi

    pourrait trouver son équilibre

    à travers ces cinq sensations.

    Le matin,

    le sucré et l’acide

    éveillent le corps.

    À midi,

    le salé accompagne

    le rythme du réel.

    Le soir,

    le piquant

    délie les tensions de la journée.

    Et parfois,

    l’amertume elle aussi

    devient une sensation profonde

    qui invite à regarder sa vie.

    Lorsque l’équilibre des saveurs apparaît,

    le corps ne ressent plus

    le besoin pressant

    de chercher des douceurs artificielles.

    La vie, peut-être,

    ressemble à cela.

    Observer en soi

    quelle saveur est nécessaire

    au moment présent

    et choisir de vivre ainsi,

    avec douceur et conscience.

    Peut-être est-ce là

    une manière

    de regarder la vie avec soin.

  • Il arrive parfois que l’on demeure

    dans la compassion envers soi-même,

    portant en soi mille raisons.

    Ces récits,

    à certains moments semblent réels,

    et à d’autres

    résonnent comme de silencieuses justifications.

    Pourtant, au cœur de ces histoires

    demeurent des blessures anciennes

    et une solitude

    que l’on peine à nommer.

    La compassion envers soi-même

    se présente d’abord

    comme une consolation douce.

    Comme la douceur d’un vin

    qui se déploie un instant en bouche

    avant de disparaître,

    ce sentiment enveloppe brièvement le cœur.

    Mais lorsque cette douceur s’efface,

    ce qui demeure

    est peut-être

    une légère amertume

    qui persiste quelque part.

    Il arrive souvent

    que l’on se laisse porter

    par ces récits qui murmurent :

    « C’est peut-être pour cela

    que les choses se sont ainsi déroulées. »

    Et lorsque ces histoires

    s’accumulent silencieusement

    au fil du temps,

    elles révèlent peu à peu

    jusqu’où un être humain

    peut être indulgent envers lui-même,

    et en même temps

    jusqu’où il peut aussi

    se maintenir attaché.

    En observant ainsi

    sa propre compassion,

    il arrive que l’on ressente aussi

    la compassion

    au moment où l’on regarde les autres.

    La compassion

    ne porte pas toujours

    le même visage.

    Parfois, elle se tourne vers soi.

    Parfois, vers autrui.

    Mais ce regard

    ne reflète pas toujours

    la vie de l’autre

    telle qu’elle est réellement.

    Il arrive que l’on observe

    la vie des autres

    à travers les repères

    du monde que l’on connaît.

    Ainsi, la compassion

    devient parfois

    moins une compréhension de l’autre

    qu’un miroir

    du monde que l’on porte en soi.

    C’est peut-être pour cela

    que certaines personnes,

    plus elles sentent

    l’inquiétude dirigée vers elles,

    plus elles réduisent leurs paroles.

    Une compassion

    qui n’est pas véritablement comprise

    peut fermer le cœur

    plutôt que l’ouvrir.

    La compassion

    est peut-être

    un sentiment très délicat.

    Lorsqu’elle est offerte

    sans vraiment connaître

    la vie de l’autre,

    elle peut, au lieu de consoler,

    toucher silencieusement

    quelque chose de fragile.

    Peut-être est-elle alors

    plus proche

    d’un regard posé avec douceur

    avant tout jugement.

    Lorsque nous parvenons

    à regarder la vie des autres

    telle qu’elle est,

    alors peut-être

    que la compassion

    peut demeurer sans blesser.

    Et peut-être aussi

    qu’à partir de cet instant,

    l’être humain

    commence de nouveau

    à marcher vers la lumière.

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    Château Montrose 2013, Saint-Estèphe

    Un vin dont la lumière se révèle au fil du temps.