Kyunghee Kim | Regard Gastronomique

La gastronomie coréenne et française, le vin et les récits culinaires

En vivant,

l’être humain grandit peu à peu

au sein de normes invisibles

et de rôles déjà tracés.

Ces repères,

transmis au fil du temps,

traversent les générations

et finissent par s’installer

comme une direction naturelle de la vie.

Dans l’enfance,

les récits sur la manière de vivre

se transforment doucement

en une manière d’agir,

en une idée de ce qui est souhaitable.

Ces paroles,

que l’on traverse sans en mesurer la profondeur,

demeurent pourtant, avec le temps,

silencieusement,

quelque part en nous.

Lorsqu’elles restent sans être comprises,

les émotions peuvent parfois

prendre d’autres directions.

Dans ce temps qui s’écoule,

l’on rencontre peu à peu

de multiples regards.

Certains regards

s’approchent de manière difficile à saisir,

d’autres

ne voient pas l’être tel qu’il est,

mais le réduisent

à une seule image.

Il arrive alors

que l’on se regarde soi-même

à travers des normes

que l’on n’a pas choisies.

Avec le temps,

certains repères

se transmettent

comme s’ils allaient de soi.

Certaines manières d’être

semblent justes,

tandis que d’autres

sont, sans explication,

silencieusement jugées.

Ces normes

ne relèvent peut-être pas

d’un choix individuel,

mais d’un mouvement

qui s’est lentement prolongé

à travers les générations.

Ainsi, parfois,

ce n’est pas soi-même que l’on voit,

mais l’image

que ces repères projettent de nous.

Puis, un jour,

il arrive que l’on prenne

un peu de distance.

Et alors,

une pensée traverse doucement l’esprit.

Peut-être que

cela ne relevait pas

de la faute d’une seule personne,

mais d’un courant ancien,

inscrit dans le temps.

Comme les tanins d’un vin encore jeune,

d’abord rugueux,

qui, avec le temps,

deviennent plus souples en bouche,

le regard, lui aussi,

change peu à peu de texture.

À partir de ce moment,

l’on commence

à s’accueillir soi-même

avec plus de douceur.

Peut-être que vivre

ne consiste pas à rester

dans un rôle donné,

mais à trouver, en soi,

sa propre manière d’être.

Alors, parfois,

il devient simplement naturel

de vouloir vivre,

doucement,

selon soi-même.

Château Margaux 2014, Margaux

Un vin dont la finesse se révèle avec le temps.

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